Leaders, Not Dissidents, Make Revolutions

Le cardinal de Richelieu avait affecté d’abaisser les corps, mais il n’avait pas oublié de ménager les particuliers. Cette idée suffit pour vous faire concevoir tout le reste. Ce qu’il y eut de merveilleux fut que tout contribua à le tromper et à se tromper soi-même. Il y eut toutefois des raisons naturelles de cette illusion ; et vous en avez vu quelques-unes dans la disposition où je vous ai marqué ci-devant qu’il avait trouvé les affaires, les corps et les particuliers du royaume ; mais il faut avouer que cette illusion fut très extraordinaire, et qu’elle passa jusques à un grand excès. Le dernier point de l’illusion, en matière d’État, est une espèce de léthargie, qui n’arrive jamais qu’après de grands symptômes. Le renversement des anciennes lois, l’anéantissement de ce milieu qu’elles ont posé entre les peuples et les rois, l’établissement de l’autorité purement et absolument despotique, sont ceux qui ont jeté originairement la France dans les convulsions dans lesquelles nos pères l’ont vue. Le cardinal de Richelieu la vint traiter comme un empirique, avec des remèdes violents, qui lui firent paraître de la force, mais 3une force d’agitation qui en épuisa le corps et les parties. Le cardinal Mazarin, comme un médecin très inexpérimenté, ne connut point son abattement. Il ne le soutint point par les secrets chimiques de son prédécesseur ; il continua de l’affaiblir par des saignées : elle tomba en léthargie, et il fut assez malhabile pour prendre ce faux repos pour une véritable santé. Les provinces, abandonnées à la rapine des surintendants, demeuraient abattues et assoupies sous la pesanteur de leurs maux, que les secousses qu’elles s’étaient données de temps en temps, sous le cardinal de Richelieu, n’avaient fait qu’augmenter et qu’aigrir. Les parlements, qui avaient tout fraîchement gémi sous sa tyrannie, étaient comme insensibles aux misères présentes, par la mémoire encore trop vive et trop récente des passées. Les grands, qui pour la plupart avaient été chassés du royaume, s’endormaient paresseusement dans leurs lits, qu’ils avaient été ravis de retrouver. Si cette indolence générale eût été ménagée, l’assoupissement eût peut-être duré plus longtemps ; mais comme le médecin ne le prenait que pour un doux sommeil, il n’y fit aucun remède. Le mal s’aigrit ; la tête s’éveilla : Paris se sentit, il poussa des soupirs ; l’on n’en fit point de cas : il tomba en frénésie. [Cardinal de Retz, Memoires.]

A series of minor events can invisibly construct a revolution, each event preparing the way for a new and slightly more serious step. From the outside, these tiny changes, appearing either invisible or separate from each other and thus apparently of no long-term consequence–are ignored altogether or noted only in passing and then forgotten; it is so much easier to ignore details than to inquire endlessly into whether or not some long list of details appearing over a prolonged period of time together constitute something of significance. Is not the significance of all these trivial events precisely that not one of them amounted to anything? Perhaps, but not likely: politics is a complex adaptive phenomenon, not amenable to reductive reasoning. Cardinal Retz, in modern parlance, is portraying Richelieu as a master capable of seeing the complexity of reality and Mazarin as but a simple schemer capable perhaps of brilliant manipulation of the political game of the moment but–crippled reductionist thinker  that–to Retz at least–he was, blind to the long-term underlying dynamics.

The Cardinal’s summary of the causes of the Fronde revolt–a classic example of the long-term damage resulting from war, the insidious undermining of society resulting from bad government, and the harm that results from putting power in the hands of the blindly arrogant–constitute a good start for an explanation of many of history’s political disasters:

on ne doit rechercher la cause de la révolution que je décris que dans le dérangement des lois, qui a causé insensiblement celui des esprits, et qui fit que devant que l’on se fût presque aperçu du changement, il y avait déjà un parti. Il est constant qu’il n’y en avait pas un de tous ceux qui opinèrent dans le cours de cette année, au Parlement et dans les autres compagnies souveraines, qui eût la moindre vue, je ne dis pas seulement de ce qui s’en ensuivit, mais de ce qui en pouvait suivre. Tout se disait et tout se faisait dans l’esprit des procès ; et comme il avait l’air de la chicane, il en avait la pédanterie, dont le propre essentiel est l’opiniâtreté, directement opposée à la flexibilité, qui de toutes les qualités est la plus nécessaire pour le maniement des grandes affaires. [Retz.]

While the Cardinal may have been as arrogant and self-serving a politician as any of the other actors who manipulated affairs leading up to the Fronde for their own benefit at the expense of the common good, at least he left behind some thought-provoking memoirs with considerable contemporary relevance.

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